Pourquoi garder un intestin sain

4 novembre 2016

L’objectif de cet article est avant tout d’expliquer l’importance de l’intestin d’une manière générale et surtout l’importance d’en prendre soin si l’on veut maintenir une santé physique voire même psychique. Ceci étant vrai chez le cheval comme chez l’homme (et autres espèces !).

Lorsque l’on évoque l’intestin, on est loin d’imaginer qu’il est bien plus qu’un acteur de l’assimilation des nutriments et de l’évacuation des déchets.

Ce que l’on sait moins c’est que les dysfonctionnements de l’intestin peuvent être à l’origine de divers problèmes ou soucis de santé : des douleurs articulaires, des allergies, des problèmes cutanés (pelage, sabots), des problèmes hormonaux, des soucis de poids, augmentation du stress…

Le lien a été établi depuis longtemps chez l’homme même s’il reste parfois difficile à identifier. Si l’homme n’est pas le cheval on peut toutefois observer certaines similitudes.

Pour comprendre il convient de rappeler quelques données sur l’intestin, ce qui peut arriver lorsqu’il y a perturbation, et quelques pistes pour rétablir un fonctionnement plus cohérent.

L’intestin (grêle et côlon) est une immense barrière entre l’intérieur et l’extérieur au même titre que la peau, les poumons. La paroi de l’intestin grêle est revêtue d’un tissu très mince (épithélium) constitué de cellules fragiles (entérocytes) qui sont en contact étroit avec le système immunitaire.

Les cellules sont en contact direct avec un réseau très dense de vaisseaux sanguins dans lequel passent les micronutriments (glucose, acides aminés, vitamines, minéraux, antioxydants, eau…). C’est un travail très sélectif et les cellules intestinales (entérocytes) normalement ne laissent pas passer de grosses molécules non digérées, de toxines, de débris de cellules mortes, de bactéries, de levures, … Ceux-ci ne peuvent pas passer non plus entre les entérocytes qui sont suffisamment accolés entre eux (jonctions serrées) tel un collier de perles très serrées…

Au niveau du côlon les cellules immunitaires sont plus rares, mais il existe également une capacité d’absorption sélective.

La barrière intestinale comporte 4 compartiments distincts :

  1. Les entérocytes, couche de cellules collées les unes aux autres par des jonctions serrées. Si ces jonctions sont perturbées il y a passage dans la circulation pouvant conduire à des réactions du système immunitaire
  2. Cellule M incorporées à cette couche d’entérocytes. Elles régulent le passage ou non des substances à travers la barrière. Elles sont en contact direct avec les cellules présentatrices d’antigènes et décident si une substance est considérée comme tolérable ou non. Si une molécule passe la barrière intestinale de manière incontrôlée des cytokines sont produites et conduisent au rejet de celle-ci par le système immunitaire.
  3. IgA sécrétoires : agissent localement dans l’intestin en enrobant les antigènes intraluminaux (substances étrangères antigéniques, toxines, micro-organismes : parasites, bactéries, virus).
  4. La flore physiologique qui joue un rôle important pour garantir l’intégrité de la barrière intestinale.

 

Tant au niveau du grêle que du colon les fonctions de barrières sélectives peuvent être perturbées. En effet, de nombreuses situations peuvent mettre à mal les cellules de l’épithélium ou les jonctions qui les lient entre elles. Quelles sont ces situations ?

  • Tout ce qui pourrait agresser ou irriter la paroi de l’intestin comme lors de prise de certains médicaments (anti inflammatoires par exemple), lors d’allergies alimentaires, parasites, …
  • Un déséquilibre de la flore qui peuple l’intestin
  • Une insuffisance d’apports en nutriments notamment nécessaires à la multiplication des entérocytes (glutamine, zinc, …)
  • Effort intense et prolongé (surconsommation d’oxygène par les muscles au détriment des cellules de l’intestin qui, mal oxygénées, peuvent être endommagées).
  • Stress

Bref, beaucoup de situations peuvent conduire à cette perturbation de la perméabilité de l’intestin. Cela aboutit donc à un possible passage de molécules, débris cellulaires, antigènes alimentaires, … qui, s’il y a passage, vont activer le système immunitaire. Comment ? via la flore intestinale notamment (IgA, cellule M aussi). Il existe une interaction entre le système immunitaire et la flore, je dirais même entre les flores car on sait maintenant que la flore intestinale « communique » également avec la flore cutanée, la flore pulmonaire…

Il y a donc un intérêt évident à maintenir un bon équilibre de cette flore qui pourra ainsi réguler correctement l’immunité et limiter l’inflammation. N’oublions pas que plus de 70 % de l’immunité se fait dans l’intestin.

Cet intestin perturbé, dont le rôle de barrière est brisé, laisse passer trop de choses. Cet état est souvent appelé syndrome de l’intestin perméable ou passoire ou leaky gut syndrom. Ce leaky gut a été corrélé à diverses situations comme les problèmes articulaires ou tendineux, les allergies, des troubles digestifs (diarrhées, coliques à répétition), variations de poids plus souvent d’ailleurs de surpoids mais pas que, la fatigue, l’inflammation, le diabète ou résistance à l’insuline, des perturbations émotionnelles et notamment une augmentation du stress ou de l’anxiété….

De plus la défectuosité des fonctions barrière permet le passage dans le sang de toxines qui entraînent un surcroit de travail pour le foie. Il y a une augmentant de production de radicaux libres (pro-inflammatoires en excès) lors de la détoxication hépatique conduisant à une augmentation du stress oxydant (et donc de l’inflammation, cercle vicieux).

Dans tous les cas cela conduit à l’augmentation globale de l’inflammation dans tout le corps.

Le système gastro-intestinal est le foyer de la réponse immunitaire nous l’avons dit. Les cellules communiquent entre elles via des cytokines, qui sont des protéines inflammatoires et ayant essentiellement un rôle de transporteurs de messages, conduisant à transmettre le message d’une inflammation d’un endroit à un autre du corps. Un intestin sain est une barrière qui permet de contenir ces « messagers » tout en laissant passer que ce qui est autorisé (nutriments).

Lorsque l’intestin devient trop perméable, la barrière est rompue. Ceci autorise le passage dans la circulation de bactéries, de produits pro-inflammatoires, colorants, additifs, particules alimentaires, levures, ….. Lors de ce passage dans la circulation il y a réaction du système immunitaire qui voit ces intrus comme des envahisseurs potentiellement dangereux, y compris les particules d’aliments.

Si au départ la réaction locale est modérée elle peut devenir plus globale et s’amplifier pour conduire à des situations possiblement plus sévères. De plus l’intestin devient moins efficace dans l’assimilation des nutriments et la digestion (risques de carences ou subcarences).

Certaines formes de dysbiose (= déséquilibre de la flore) peuvent entraîner une inflammation chronique de la paroi intestinale, notamment s’il y a développement de bactéries pathogènes productrices de toxines ou lors de multiplication de levures, celles-ci pouvant endommager les jonctions serrées en s’insérant entre les entérocytes.

Chez le cheval on peut facilement déséquilibrer sa flore digestive par l’alimentation. Si celle-ci contient trop de glucides (amidons, fructanes) par rapport à sa capacité relativement limitée de prise en charge, on va assister à un développement anormal d’une catégorie de bactéries représentant habituellement un faible pourcentage de la population globale de l’intestin. En cas d’excès d’hydrates de carbone, l’intestin grêle ne pourra pas tout absorber et la partie restante se retrouvera dans le colon où ces bactéries les fermenteront, en produisant de l’acide lactique. Si ce phénomène dure sur une période plus ou moins longue, la population bactérienne va changer de manière importante en provoquant notamment un changement du pH de l’environnement du colon vers un pH acide. Dans ces conditions les « bonnes » bactéries ne peuvent survivre et meurent laissant la place aux « mauvaises ». Immédiatement le système immunitaire réagira localement, relargant divers médiateurs de l’inflammation d’abord localement puis dans la circulation générale. Tous ces phénomènes conduisent à une augmentation anormale de la perméabilité intestinale (hyperperméabilité).

En résumé :

L’intestin est le foyer de l’immunité (près de 70 % du système immunitaire). Il est donc important de le préserver en proposant :

  • Une alimentation adaptée et cohérente par rapport à ses capacités (pas d’excès de glucides, céréales, apport de foin de qualité sans moisissures si pas à l’herbe)
  • Une prise en charge de l’inflammation de manière le plus naturelle possible (curcumine, antioxydants…)
  • Respect de la flore : apport de probiotiques si besoin, prébiotiques qui soutiendront la flore et sa croissance
  • Contrôle d’éventuelles carences (notamment zinc, vitamine A, oméga 3) et supplémenter en conséquence si besoin
  • Apport de « réparateur » de la muqueuse, notamment si exercice intense, stress, blessures, prises de certains médicaments (par exemple les antiinflammatoires, antibiotiques)
  • Pas de supplémentation à l’aveugle, par exemple en fer pro-oxydant, si pas nécessaire

 

 

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