L’allergie chez le cheval

17 septembre 2015

Depuis une vingtaine d’années les phénomènes allergiques n’ont cessé de croitre que ce soit pour l’humain ou chez l’animal, et le cheval n’est pas épargné.

Pourtant les pollens ont toujours été là, mais est-ce vraiment la nature qui aurait changé à ce point ? Même si des changements environnementaux ne sont bien sûr pas exclus, d’autres facteurs sont impliqués dans ces phénomènes.

Il sera donc bon de rappeler ce qu’est l’allergie, quel est son lien avec l’inflammation et le système immunitaire. Et pour finir quelles sont les pistes à considérer pour le mieux-être du cheval.

Qu’est-ce que l’allergie ?

L’allergie est causée par une réponse immunitaire inappropriée et disproportionnée à une substance normalement totalement inoffensive comme les pollens, la poussière, les aliments, … qui va entrer en contact avec un lymphocyte spécifique à cette substance (l’antigène). Toute une cascade de réactions va alors se produire (liaison à IgE, réponse de mastocytes, …) qui aboutit à la libération d’histamine, protéine impliquée notamment dans la réponse allergique.

Quel est le lien avec l’inflammation et le système immunitaire ?

L’inflammation est le premier système de défense de l’organisme, il est donc important de ne pas le réduire à néant. Par contre une inflammation chronique sera délétère sur l’organisme qu’elle soit silencieuse ou douloureuse.

Le processus inflammatoire se fait en trois phases :

  • Phase 1 : initiation (phase vasculaire, moment de libération de l’histamine),
  • Phase 2 : phase d’amplification
  • Phase 3 : phase de résolution/réparation.

Ceci est vrai dans un contexte où tout se passe bien, le cheval évolue dans un environnement adapté, dispose de tous les éléments nécessaires pour aboutir à la résolution du phénomène inflammatoire.

tableau inflammation1 Source : université biologie Marseille

L’histamine fait partie du processus inflammatoire (phase 1). Elle intervient dans les manifestations allergiques. Elle provoque la sécrétion de suc gastrique, contracte les fibres musculaires lisses, contracte les artérioles, dilate les capillaires, augmente la perméabilité des vaisseaux en général. Une libération massive d’histamine provoquera une dilatation vasculaire importante avec pour conséquence une chute de tension qui conduira au choc anaphylactique.

 tableau inflammation2Source : université biologie Marseille

Dans l’allergie, nous avons vu qu’il s’agissait d’une hyperréactivité, disproportionnée, inadaptée face un élément qui sera considéré comme inoffensif chez n’importe quel autre animal. Il y a donc un problème de résolution de l’inflammation, dont la cause peut être une stimulation permanente, souvent à bas bruit, du système immunitaire maintenant sans arrêt un climat inflammatoire.

On peut retrouver des manifestations de l’allergie chez le cheval au niveau de la peau (démangeaisons, pertes de crin, réactions exagérées aux piqures d’insectes), des poumons (allergies respiratoires) et des yeux (conjonctivites) principalement.

Il sera toujours important d’avoir un diagnostic par votre vétérinaire afin d’écarter une pathologie autre. Les tests sanguins montrant notamment une augmentation des éosinophiles pourra aider dans l’orientation vers une allergie.

Les tests sanguins d’allergies peuvent aussi être utilisés pour mesurer la réaction croisée avec des allergènes comme les pollens ou les aliments. Mais il convient de moduler l’attitude à avoir par rapport aux résultats : nous avons vu que la réponse immunitaire de l’animal est sur-stimulée, donc le risque est de se retrouver avec une réponse positive à l’allergie à presque tout et surtout à des produits qu’il est sensé pouvoir et même devoir consommer à l’état naturel ! Il est bien entendu impossible de mettre le cheval « sous cloche » et de ne le nourrir qu’avec le peu de produits auxquels il n’aurait éventuellement pas répondu positif.

Une stimulation continue du système immunitaire

L’inflammation est le premier système de défense du corps face à une agression ou quelque chose considéré comme telle, et donc un moyen d’activer le système immunitaire. Cette activation continue du système immunitaire va entraîner la production de protéines de l’inflammation qui vont à leur tour augmenter les démangeaisons, la rougeur, les œdèmes, la douleur, …

Le berceau du système immunitaire est l’intestin. Il est donc essentiel de voir ce que l’on y met ! Il ne faut pas oublier que celui-ci est une barrière entre l’intérieur et l’extérieur au même titre que la peau, les voies respiratoires, le nez et les yeux.

Peau/voies respiratoires/Intestins possèdent leur flore. Il a été d’ailleurs découvert récemment chez l’homme (certainement transposable chez le cheval) que les épithellia communiquaient entre eux, par exemple la peau « discutent » avec l’intestin, tout comme les poumons.

Par ailleurs il n’est pas inintéressant de rappeler que l’intestin et les poumons ont la même origine embryonnaire… Et par ailleurs si on regarde du côté de la médecine chinoise, on s’aperçoit que le couple Gros Intestin/Poumon forme une loge qui régit la peau, les phanères, l’odorat, …

Pour en revenir à l’intestin, il faut savoir que le tractus gastro-intestinal joue un rôle de barrière qui régule étroitement le passage de macro-molécules entre le milieu extérieur (aliment/microbiote/bactéries) et le milieu interne (cellules, tissus, organes, …).

Quand cette fonction de barrière est perturbée, les molécules extérieures peuvent entrer et interagir avec le système immunitaire pour induire une réponse inflammatoire susceptible de se manifester sous différentes pathologies intestinales et extra-intestinales comme l’allergie notamment !

Cette perturbation de l’intestin qui laisse passer plus que de normal s’appelle l’intestin poreux ou leaky gut (voir article plus spécifique sur ce sujet). Cette hyperperméabilité intestinale est un élément clé dans le déclenchement de réactions inflammatoires en permettant un passage anormal dans l’organisme depuis le tube digestif de fragments de protéines ou antigènes (déclenchant ainsi une réponse immunitaire et entretenant une inflammation chronique).

Cette porosité intestinale anormale est impliquée dans de nombreuses pathologies dont l’allergie.

A noter que ce qui est vrai pour l’intestin est également vrai pour la peau comme pour les voies respiratoires. Il y a altération des barrières épithéliales qui amène à une hyperperméabilité. L’allergie serait donc un problème de barrières…

Qu’est-ce qui peut avoir une « mauvaise influence » sur ces barrières ? Une alimentation inadaptée (trop déséquilibrée, trop d’additifs, de transformations, produits chimiques …), le stress, l’exercice trop intense, les médications, les lavages répétés avec des savons/shampoings, un environnement poussiéreux, …

Cela conduit à perturber la flore digestive, pour l’intestin, cutanée pour la peau. L’intestin perturbé va stimuler une réponse inflammatoire. Plus le système immunitaire réagit plus l’inflammation augmente. Et les cellules communiquent entre elles via des messagers chimiques, notamment inflammatoires, qui vont circuler dans le corps.

On ne voit pas forcément de manifestations digestives extérieures chez le cheval excepté dans le cas de l’ulcère, éventuellement de diarrhées. Mais quelles que soient les manifestations allergiques il sera nécessaire de « restaurer » les barrières (notamment intestins et peau).

Quelles mesures adopter dans l’allergie ?

L’allergie est un problème bien souvent profondément installé et actif depuis de nombreuses années. Cela prendra donc un certain temps pour arriver à corriger ou contrôler cette situation.

Les mesures à prendre seront :

  • un contrôle de la qualité de l’alimentation :
    • en densité nutritionnelle (apport de suffisamment de vitamines, minéraux, protéines, lipides, glucides, fibres, …)
    • sur la qualité des produits servis
    • dans l’équilibre des apports (par exemple oméga 3/6, excès ou non en glucides, …).
    • Des modifications seront à mettre en place en fonction des résultats de l’analyse.
  • La vérification de l’environnement également est essentielle (box, pré, paddock, compagnons, lieu de travail, éviction des lavages avec shampoing fréquents qui détruisent la protection cutanée notamment, …).
  • La prise en charge de l’intestin (restauration de la barrière) ainsi que de l’inflammation seront primordiales :
    • glutamine (acide aminé essentiel à la constitution des fibres musculaires, mais aussi carburant des cellules immunitaires, et essentiel à la muqueuse intestinale), zinc, magnésium, vitamines du groupe B, E…). Cette prise en charge sera à adapter à chaque cas.
    • Le recours à la phytothérapie ou autre sera une aide précieuse (curcumine, acide boswellique, quercétine, MSM …).
  • La vérification des apports en oméga 3 est importante. Une supplémentation pourra s’avérer nécessaire notamment en DHA dans l’expression respiratoire de l’allergie (voir l’étude).

 

L’allergie est une situation à regarder au cas par cas, qui nécessite une approche globale du cheval. Le travail se faisant sur le terrain du cheval, les effets ne seront pas instantanés. Une médication pourra être nécessaire pour le confort du cheval. Il est important que celle-ci soit la plus faible possible et limitée dans le temps afin de devenir non nécessaire. L’approche nutritionnelle et micro-nutritionnelle notamment seront donc une aide importante.

N’hésitez pas à me contacter pour plus d’informations.

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