Fourbure et chardon marie

18 mai 2015

 

Souvent citée comme deuxième cause de mortalité juste après les coliques, la fourbure est une inflammation du pododerme. Elle se produit lorsqu’il y a désagrégement entre le tissu recouvrant la face interne du sabot (keraphylle) et celui entourant les structures internes du sabot (podophylle). Ces deux structures assurent normalement un maintien solide du fait de leur forte adhérence. Lors de fourbures ces deux feuillets se détachent et les structures internes du pied se désolidarisent de la paroi du sabot, permettant sous l’influence du poids du cheval notamment le déplacement de la troisième phalange (1).

La fourbure est une complication secondaire de nombreuses situations ou pathologies. Les causes peuvent être multiples et mêlées :

  • Hormonales (il semblerait qu’un grand nombre de cas de fourbure entre dans cette catégorie, jusqu’à 80 % voire plus selon certains)
  • Résistance à l’insuline,
  • Surcharges alimentaires,
  • Endotoxines,
  • Poulinage,
  • Infections bactériennes,
  • Plantes toxiques,
  • Problème de vasoconstriction limitant l’irrigation des lamelles,
  • Etc…

Les lésions occasionnées sont extrêmement douloureuses et invalidantes. C’est une urgence médicale.

Une étude récente (voir ici), menée par le Dr Reisinger entre autre, a montré que l’utilisation du chardon-marie et de la silymarine pouvaient aider à prévenir la fourbure. En effet, la silymarine ainsi que les autres composés du chardon-marie sont connus pour leurs effets anti-inflammatoires et leurs propriétés anti-oxydantes. C’est également une aide appréciable dans la gestion des toxines.

L’équipe du Dr Reisinger (Biomin Research Center, Tulln en Autriche) pense que ces 2 agents pourraient contrecarrer les effets délétères des endotoxines sur les tissus lamellaires (parties endommagées lorsque la fourbure se déclare) (2).

Le but de cette étude était donc de vérifier d’une part le rôle des endotoxines (LPS) sur le tissus lamellaire et d’autre part de tester si le chardon-marie et la silymarine étaient capables d’inhiber les effets induits par les LPS.

Qu’est-ce que les endotoxines, aussi appelées LPS (lipopolysaccharides) ?

Ce sont des fragments des membranes des bactéries libérés lors de la destruction de celles-ci (Gram-). Ces endotoxines arrivent à rejoindre la circulation sanguine si la perméabilité intestinale est accrue. Cela va occasionner une inflammation, une mauvaise circulation (vasoconstriction) qui peuvent selon les terrains et sensibilités affecter le pied par exemple.

Les chevaux sont capables de gérer les endotoxines si la quantité reste raisonnable, et que leur intestin est sain et ne les laisse pas atteindre la circulation sanguine. Mais si, par exemple, le cheval est stressé, a une alimentation déséquilibrée (qui va déséquilibrer sa flore, notamment avec des excès en glucides), est sous médicaments, alors la porte s’ouvre possiblement pour un passage des LPS.

Le Dr Reisinger et son équipe de chercheurs ont induit une séparation de tissus lamellaires par des LPS sur des chevaux morts. Ils ont ensuite testé les effets du chardon-marie et de la silymarine. Résultat : 64 % pour le chardon-marie et 75 % pour la silymarine de réduction des concentrations en LPS ! De plus les deux substances ont réduit l’incidence de séparation des lamelles et ont montré une amélioration de l’intégrité des tissus.

Ainsi donc le chardon-marie et la silymarine réduisent l’activité des endotoxines et inhibent les effets négatifs des LPS sur le tissu lamellaire.

Cette étude a besoin encore d’être confirmée par des recherches supplémentaires mais on peut penser qu’en prévention ou en soutien et non en traitement, le chardon-marie et la silymarine pourraient être utilisés avantageusement.

Il ne faut toutefois pas oublier, comme dit au début de cet article, que la fourbure est multifactorielle et que chaque cas est spécifique. Elle nécessite une prise en charge vétérinaire.

Une alimentation adaptée et raisonnée ainsi que selon les besoins un soutien micronutritionnel permettra de limiter les risques de perturbations digestives et d’inflammation, et sera une aide précieuse dans tous les cas.

 

(1) voir cheval savoir n° 2 – Août 2009

(2) voir page 185 du livre Forages and grazing in horse nutrition

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